Série « Réhabiter son corps », article 3/6
Depuis l’agression, votre corps vous semble étranger. Vous l’habitez comme on habite une maison dont on a perdu les clés. Cette distance n’est pas un défaut de votre psychisme. C’est ce qu’il a trouvé pour vous protéger. Comprendre pourquoi change quelque chose à la manière dont on peut travailler le retour.

Pourquoi le corps est devenu étranger
Au moment de l’agression, le système nerveux a fait ce qu’il pouvait. En effet, face à une expérience que la conscience ne pouvait pas intégrer, il a créé une distance entre ce qui se passait et la perception qu’on en avait. Cette distance, c’est la dissociation. Elle a permis de traverser l’intraversable. Elle a eu une fonction réelle, concrète, vitale.
Pourtant, le problème n’est pas qu’elle ait existé. Le problème, c’est qu’elle continue après. Que le système nerveux, qui ne sait pas que le danger est passé, maintient cette mise à distance comme mesure de sécurité permanente. Le corps devient ainsi quelque chose qu’on observe de l’extérieur, qu’on ne sent plus vraiment, qu’on ne reconnaît plus comme sien.
Ce que le corps a gardé en mémoire
Pourtant, si le psychisme a pu se mettre à distance, le corps, lui, n’a pas oublié. Bessel van der Kolk a documenté avec précision ce mécanisme : la mémoire traumatique s’encode dans le système nerveux autonome, dans les réflexes corporels, dans les sensations. Elle ne disparaît pas avec le temps. Elle attend, prête à se réactiver à l’occasion d’un contact, d’une odeur, d’une situation qui ressemble de loin à ce qui s’est passé.
C’est pourquoi certaines personnes décrivent des réactions corporelles intenses lors de l’intimité, lors d’un examen médical, ou dans des situations anodines qui déclenchent quelque chose que la raison ne comprend pas. Ces réactions ne sont pas irrationnelles. Autrement dit, elles sont la réponse d’un corps qui a appris à reconnaître le danger, et qui continue de faire son travail.
Signes fréquents de dissociation post-traumatique
La dissociation post-traumatique se manifeste de plusieurs façons qui peuvent coexister. Le sentiment de flotter au-dessus de soi, de s’observer de l’extérieur, est l’une des formes les plus fréquentes. Le corps semble ne plus appartenir, les émotions sont éteintes ou absentes. Des réactions corporelles intenses et inexplicables surgissent dans certaines situations, en particulier lors de l’intimité. Des périodes de mémoire lacunaire, une impression d’irréalité persistante, et une fatigue profonde sans cause physique identifiable complètent ce tableau. Aucun de ces signes n’est un signe de fragilité pathologique. Ce sont les traces d’une protection qui a fonctionné.
Réhabiter son corps : ce que cela veut dire réellement
Ainsi, réhabiter son corps ne veut pas dire forcer le retour à la présence corporelle. Ce n’est pas une injonction à se réapprivoiser selon un calendrier. C’est un processus qui demande du temps, de la sécurité, et un espace dans lequel le corps peut apprendre progressivement que le contact n’est plus une menace. La Ligue Française pour la Santé Mentale documente comment l’hypnose ericksonienne constitue une approche reconnue dans la prise en charge des états dissociatifs post-traumatiques.
Or, la dissociation ne se règle pas par la décision consciente. On ne peut pas décider de se sentir dans son corps. Ce qui permet le retour, c’est une expérience, répétée, progressive, sécurisée, de ce que c’est que d’être présente dans son corps sans danger. C’est là que des approches qui travaillent avec le corps et l’inconscient, plutôt que contre eux, peuvent atteindre quelque chose que la parole seule ne touche pas toujours.
Ce que l’hypnose ericksonienne peut apporter
L’hypnose ericksonienne travaille précisément au niveau où la dissociation s’est installée, non pas pour la forcer à disparaître, mais pour créer les conditions dans lesquelles elle n’est plus nécessaire. Concrètement, comprendre en quoi l’hypnose ericksonienne diffère des approches classiques dans le travail sur le traumatisme permet de saisir pourquoi ce travail atteint des niveaux que la parole seule ne touche pas toujours.
En effet, ce travail n’exige pas de revivre l’agression. Il ne demande pas de tout verbaliser. Il permet à quelque chose de se transformer au niveau où le traumatisme est encodé, dans le corps, dans le système nerveux, dans la mémoire somatique. C’est ainsi que réhabiter son corps devient possible : non pas par un retour forcé, mais par un retour appris.
Le programme La Traversée : un cadre pour ce retour
Cet accompagnement s’inscrit dans mon programme La Traversée. Trois mois, trois phases : Respirer (créer un espace de sécurité intérieure, condition préalable à tout travail sur la dissociation), Rencontrer (explorer la mémoire somatique et permettre une réassociation progressive), Exister (reconstruction de la relation au corps et à soi).
Un rendez-vous découverte offert de 30 minutes par téléphone permet d’évaluer ensemble si ce cadre correspond à votre situation, sans engagement.
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Pour aller plus loin
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Questions fréquentes
Est-il normal de ne plus ressentir son corps des années après l’agression ?
Oui. La dissociation peut s’installer durablement et persister longtemps après les faits. Ce n’est pas un signe que quelque chose empire ou que la reconstruction est impossible. C’est le signe que le système nerveux a maintenu sa mise en protection au-delà de la période de danger. Ce maintien peut être travaillé à tout moment, quel que soit le délai depuis l’agression.
Le retour dans le corps peut-il être douloureux ?
C’est une question légitime. Un travail bien conduit ne force pas le retour. Il crée les conditions pour qu’il advienne progressivement, à un rythme qui respecte ce que la personne peut traverser à chaque étape. Si des sensations difficiles émergent, elles sont accueillies dans le cadre sécurisant de l’accompagnement, jamais laissées sans contenance.
Faut-il parler de l’agression pour travailler la dissociation ?
Non. La dissociation est un mécanisme corporel et nerveux. On peut travailler à ce niveau sans passer par le récit détaillé de ce qui s’est passé. C’est même souvent plus efficace : aborder la mémoire somatique directement, plutôt que par la narration, permet d’atteindre ce que les mots ne capturent pas toujours.
Références mobilisées dans cet article
Bessel van der Kolk, Le Corps n’oublie rien (2014)
Judith Herman, Trauma and Recovery (1992)
Peter Levine, Réveiller le tigre : guérir le traumatisme (1997)