Gérer ses émotions. Maîtriser ses réactions. Libérer ce qui est refoulé. Ces formulations occupent tout le paysage de l’hypnose et des émotions. Elles partagent une même prémisse implicite : l’émotion est une défaillance à corriger. C’est une erreur de lecture. L’hypnose ericksonienne part d’un postulat opposé : l’émotion est un signal de l’inconscient. Elle n’est pas là pour être gérée. Elle est là pour être entendue.

L’émotion comme signal, pas comme défaillance
Dans la tradition jungienne, une émotion n’est jamais un accident. C’est une information sur ce qui se passe à l’intérieur, pas une erreur de fonctionnement. La peur protège. La colère défend une frontière. La tristesse accompagne un deuil réel. La joie signale un alignement entre ce qu’on vit et ce qu’on est profondément.
Le défi n’est jamais l’émotion elle-même. Il est dans l’incapacité à lui donner sa juste place. Chercher à « gérer » une émotion revient souvent à faire taire le seul canal par lequel l’inconscient communique directement. On éteint le signal d’alarme sans chercher d’où vient la fumée.
Pour comprendre ce que chaque émotion principale porte comme information : la sagesse des émotions.
Ce que von Franz dit du mouvement de l’inconscient
Marie-Louise von Franz a formulé un principe fondateur : la psyché est un système autorégulateur qui cherche spontanément sa propre guérison. Le thérapeute n’a pas à conduire ce processus. Il crée les conditions pour que l’inconscient fasse son travail.
Conséquence directe : une émotion qui émerge, même douloureuse, fait partie de ce mouvement. La forcer à disparaître, c’est aller contre ce que la psyché a initié d’elle-même. Von Franz est également explicite sur le danger d’intellectualiser trop vite une expérience émotionnelle : cela efface sa charge sémantique. Ce qui émerge en transe doit d’abord être traversé, vécu, et cela toujours dans un espace sécurisé : l’hypnose permet d’approcher des émotions tout en restant en sécurité, sans être submergé. Le sens peut venir plus tard.
Pourquoi le corps garde ce que la volonté ne peut pas contrôler
Bessel van der Kolk a documenté ce mécanisme avec précision : le corps conserve les émotions non intégrées comme état corporel, comme réflexe, comme activation du système nerveux autonome. L’émotion qu’on a appris à « gérer » depuis l’enfance ne disparaît pas. Elle se déplace dans le corps.
L’Inserm le confirme : la mémoire émotionnelle implicite fonctionne en dehors du contrôle conscient. Les réactions émotionnelles automatisées ne passent pas par la décision. L’hypnose ericksonienne peut atteindre ce niveau directement, là où la volonté n’a pas accès.
Pour comprendre comment la mémoire traumatique s’inscrit dans le corps : mémoire traumatique et manifestations somatiques.
Ce que l’hypnose ericksonienne fait à la place
En séance, je ne demande pas à une émotion de disparaître. Je crée un espace où elle peut se montrer pleinement, sans déborder et sans être écrasée. C’est accompagner ce qui émerge, pas corriger ce qui dérange.
Concrètement : une émotion qui semblait terrifiante quand elle était refoulée devient traversable quand elle est accueillie dans un état de conscience modifié. Non pas parce qu’on l’a atténuée, mais parce que la capacité à la contenir s’est élargie. C’est ce que Jung appelait l’intégration : non pas l’élimination d’une partie de soi, mais l’accès à une capacité plus grande de la tenir.
Ce travail s’inscrit dans La Traversée, mon programme d’accompagnement en trois phases : Respirer, Rencontrer, Exister. Chaque phase a une relation différente aux émotions. D’abord les stabiliser, puis les rencontrer, puis les laisser m’informer sur ce qui compte vraiment.
Questions fréquentes
L’hypnose peut-elle atteindre les émotions que je n’arrive pas à contrôler ?
Oui, précisément parce qu’elle n’emprunte pas les voies du contrôle conscient. Elle travaille avec le système nerveux et l’inconscient directement, là où les émotions sont encodées. Ce qui échappe à la volonté peut être atteint par cette voie.
Est-ce que cela signifie qu’il faut tout ressentir sans limite ?
Non. L’objectif n’est pas la submersion émotionnelle, mais l’élargissement de la capacité à contenir ce qui émerge. En séance, le rythme est ajusté à ce que la psyché est en mesure de tenir à chaque moment.
Quelle est la différence avec une approche classique sur les émotions ?
Une approche verbale travaille principalement par le récit et la compréhension. L’hypnose ericksonienne atteint un niveau différent : le corps, les automatismes, la mémoire implicite. Les deux peuvent être menés en parallèle.
Les séances peuvent-elles se tenir à distance ?
Oui. Les séances en visioconférence sont disponibles pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer jusqu’au cabinet de Parçay-sur-Vienne, en Touraine.
| Pour aller plus loin : Archétypes jungiens et hypnose La Traversée, retrouver du sens après un choc de vie |
Références
Carl Gustav Jung, L’âme et la vie, Buchet/Chastel, 1963.
Marie-Louise von Franz, L’interprétation des contes de fées, La Fontaine de Pierre, 1978.
Bessel van der Kolk, Le Corps n’oublie rien, Albin Michel, 2014.