Femme de militaire : l’angoisse de l’attente pendant les missions

Série « Femmes de militaires : traverser l’attente, l’épreuve, la perte », article 1/3

Cet article appartient à une série en trois volets
Femmes de militaires : traverser l’attente, l’épreuve, la perte
Article 1, l’attente, ← cet article
Article 2, l’épreuve : Retour de mission : quand le TSPT du conjoint devient aussi le sien
Article 3, la perte (à venir)

Pour beaucoup de compagnes de militaires, l’attente commence doucement pendant une mission, puis se transforme peu à peu en angoisse. Ce qui se joue dans ces semaines de silence et d’incertitude mérite d’être nommé avant d’être jugé.

Femme de militaire regardant la ville au crépuscule, dans l'attente et l'angoisse d'une mission

L’attente, quand l’incertitude devient une alarme permanente

Concrètement, attendre un militaire en mission ne se limite pas à patienter. L’absence d’information, un silence qui dure, un message qui n’arrive pas, peuvent suffire. Le corps lit alors cela comme un signal d’alerte, pas comme une coïncidence. C’est un mécanisme que décrit bien l’ Inserm dans son dossier sur les troubles anxieux. L’incertitude prolongée y entretient l’anxiété bien plus que l’événement redouté lui-même.

Une femme de militaire décrit ainsi les semaines suivant un départ en mission : « dès qu’il est en déplacement et que ça fait plusieurs semaines, je commence à me sentir triste, seule et angoissée. »

Dans ce vide, l’esprit comble comme il peut. Parfois en imaginant un danger, un accident, quelque chose qui lui serait arrivé. Parfois autrement, en se disant que loin des yeux, loin du cœur, il pourrait finir par ne plus aimer.

Cette hypervigilance, lorsqu’elle s’installe durablement, peut évoluer vers une anxiété chronique, un mécanisme détaillé dans un autre article.

Loin des yeux, loin du cœur, une peur plus vieille que la relation

Cette peur que l’éloignement finisse par user l’amour ne date pas des métiers militaires. Elle précède largement l’expression qui la résume. Mais l’absence prolongée, répétée, parfois sans nouvelles pendant plusieurs jours, lui offre un terrain particulièrement favorable.

Rien ne prouve que la distance efface le sentiment. Le corps, lui, réagit parfois comme si c’était déjà le cas. Et c’est cet écart entre la réalité et ce que le corps croit qui use le plus.

Cette inquiétude touche souvent une confiance en soi qui ne demande qu’à être retravaillée. Non pas envers l’autre, mais envers sa propre valeur dans la relation, indépendamment de la présence physique du militaire absent.

Pénélope, celle qui tient depuis la première guerre

Cette attente n’est pas nouvelle. Dans l’Odyssée, Pénélope attend Ulysse vingt ans, dont dix sans la moindre nouvelle, sans certitude qu’il soit vivant. Ce qui la fait tenir n’est pas une foi aveugle en son retour.

Elle invente une ruse active : elle tisse le jour un linceul, puis le détisse chaque nuit, repoussant sans fin l’échéance d’un remariage. Ainsi, elle ne subit pas l’attente, elle la gouverne. Pendant ce temps, elle continue de régner sur Ithaque et d’élever seule son fils, plutôt que de se réduire à la figure de l’épouse qui patiente.

Quand Ulysse revient enfin déguisé, elle ne le reconnaît pas tout de suite. Vingt ans ont passé, les visages ont changé, et douter n’est pas une trahison. Elle le met à l’épreuve. Elle évoque leur lit conjugal comme s’il pouvait être déplacé. Or il est construit à même le tronc d’un olivier enraciné dans le sol de leur chambre, impossible à bouger. Seul Ulysse le sait. Sa réponse la convainc. Il ne prouve pas son identité par son visage, mais par un point fixe que ni le temps ni l’absence n’ont pu déplacer, connu d’eux seuls.

C’est peut-être cela, au fond, qui permet de tenir une attente. Non pas la certitude que l’autre reviendra. Plutôt la solidité d’un point fixe en soi, une vie, une place, un rôle qui ne dépend pas de la présence de l’autre pour exister.

Rester une personne entière plutôt qu’une personne qui attend

Comme Pénélope, plusieurs témoignages de femmes de militaires convergent vers un même constat. L’une d’elles le formule sans détour : « être femme de militaire ce n’est pas être en train d’attendre, vous êtes une personne à part entière, ayez vos activités, vos occupations. »

Quelqu’un qui a observé cette réalité depuis l’autre côté confirme la même chose : « les femmes qui s’en sortaient le mieux étaient celles qui travaillaient à plein temps […] celles qui attendaient constamment le retour de l’élu de leur cœur […] c’était pas bon. »

Ce qui se joue ici dépasse la question de l’occupation du temps. C’est une question d’identité. Rester reliée à sa propre vie, à ses propres activités, à ses propres pensées est essentiel. Même dans des moments où le militaire absent n’occupe pas l’esprit, cela n’est ni un manque d’amour ni une trahison. C’est au contraire ce qui permet de continuer à exister comme une personne entière, et non comme une moitié suspendue à un retour.

Ainsi, ce qui protège le mieux de l’angoisse de l’attente n’est pas de penser sans cesse à l’absent, mais de rester reliée à sa propre juste place, à son propre temple intérieur, plutôt que de laisser l’attente devenir la seule occupation de l’esprit.

C’est précisément ce travail que propose un accompagnement en hypnose ericksonienne, au cabinet de Parçay-sur-Vienne ou en téléconsultation, en Touraine ou partout en France.

Questions fréquentes

Pourquoi l’attente pendant une mission provoque-t-elle autant d’angoisse ?

Parce que l’incertitude prolongée, sans information et sans contrôle sur la situation, est lue par le système nerveux comme un danger continu, même en l’absence de tout événement réel.

Est-il normal d’imaginer le pire pendant l’absence d’un militaire en mission ?

Oui, c’est une réaction fréquente face à l’incertitude. L’esprit comble le vide d’information, parfois en imaginant un danger, parfois en redoutant que l’absence finisse par éloigner les sentiments. Cela ne reflète pas un risque réel dans la relation.

La peur que l’absence éloigne les sentiments a-t-elle un fondement réel ?

Rien ne le prouve. Cette peur est ancienne et largement partagée, elle s’intensifie avec l’absence de nouvelles, mais elle ne traduit pas nécessairement une fragilité réelle du lien.

Garder une activité professionnelle aide-t-il vraiment à mieux vivre l’attente ?

Oui. Rester engagée dans ses propres activités et ses propres pensées, y compris dans des moments où l’absent n’occupe pas l’esprit, n’a rien d’une faute. C’est ce qui permet de continuer à exister comme une personne entière plutôt que comme une attente en suspens.

Pourquoi comparer l’attente d’une femme de militaire à celle de Pénélope ?

Parce que Pénélope n’attend pas Ulysse passivement. Elle continue de régner, d’élever son fils et de gouverner sa propre vie pendant vingt ans. Ce qui la fait tenir est moins la certitude du retour qu’un point fixe en elle-même, indépendant de la présence de l’autre.

Pour aller plus loin

Prestation d’accompagnement

Hypnose et résilience

1 réflexion sur “Femme de militaire : l’angoisse de l’attente pendant les missions”

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