Série « Femmes de militaires : traverser l’attente, l’épreuve, la perte », article 2/3
| Cet article appartient à une série en trois volets Femmes de militaires : traverser l’attente, l’épreuve, la perte Article 1, l’attente : Femme de militaire : l’angoisse de l’attente pendant les missions Article 2, l’épreuve, ← cet article Article 3, la perte (à venir) |
Le retour de mission devait clore l’épreuve de l’attente. Pour beaucoup de compagnes de militaires, il en ouvre une autre, plus discrète, moins nommée, celle de vivre aux côtés d’un homme que la mission a changé, sans toujours savoir comment l’accompagner sans s’y épuiser elle-même.

Retour de mission, quand le stress post-traumatique du conjoint devient aussi le sien
Concrètement, le retour ne referme pas l’absence, il la transforme. Le trouble de stress post-traumatique, ou TSPT, ne reste pas confiné à celui qui l’a vécu en opération. Les cauchemars, l’hypervigilance et les accès de colère, décrits par l’Inserm comme les signes caractéristiques du trouble, s’installent aussi dans le quotidien de celle qui partage sa vie.
Ces manifestations, souvent physiques avant d’être verbales, s’inscrivent dans la mémoire traumatique du corps, un mécanisme détaillé dans un autre article.
Ce phénomène porte un nom, le traumatisme par procuration. Il ne s’agit pas d’avoir vécu l’événement, mais d’en absorber les effets par proximité, nuit après nuit. Sur les forums dédiés aux familles de militaires, les témoignages se ressemblent : des compagnes qui décrivent les sautes d’humeur, les cauchemars, les colères soudaines de celui qui est revenu, et, presque toujours, le sentiment de faire face à tout cela seules.
Ce basculement est décrit plus en détail dans un article consacré au retour à la vie civile après la guerre, écrit cette fois du point de vue de celui qui revient.
Le silence qui isole
Pourtant, ce qui pèse le plus n’est pas toujours le symptôme lui-même, c’est le silence qui l’entoure. Le même témoignage le dit sans détour, lui ne parle que très peu de ce qu’il vit, il n’ose pas, il a peur qu’elle le trouve faible.
Ce silence a une logique. Un homme marqué par une blessure morale, ce sentiment d’avoir trahi ou d’avoir été trahi par ce qu’exigeait la mission, redoute souvent d’exposer cette part de lui à quelqu’un qui n’a pas connu le terrain. Autrement dit, il protège sa compagne en se taisant, et c’est précisément ce silence qui la laisse seule.
Au fond, personne n’a tort dans ce mécanisme. Mais le résultat est le même, deux personnes isolées l’une de l’autre, chacune à sa manière, au moment même où elles devraient se retrouver.
Retrouver sa place sans s’effacer
Par conséquent, l’épreuve du retour n’est pas seulement celle du conjoint revenu marqué. C’est aussi celle de la femme qui a porté seule, pendant l’absence, les décisions du foyer, et qui doit maintenant réapprendre une présence à deux sans abandonner ce qu’elle a construit.
Le philosophe Paul Ricœur distingue deux formes de reconnaissance après une absence. L’une n’a pas de fin, elle ouvre sur un cycle de demandes et de reproches. L’autre a une fin, et elle ouvre sur la fête.
Croire qu’on reprend le fil exactement là où on l’a laissé, comme si la mission n’avait été qu’une parenthèse, appartient à la première forme. Accepter que chacun a vécu, pendant ce temps, une histoire qui lui reste propre, et l’intégrer au récit commun du couple, ouvre sur la seconde.
Son temple intérieur à elle, son architecture psychique propre, mérite d’être reconnu et accompagné pour ce qu’il est, pas seulement comme un soutien au trouble de l’autre. Ainsi, se reconstruire dans ce contexte ne veut pas dire porter la transformation du conjoint à sa place, ni s’effacer pour lui, mais retrouver une juste place, ni fusionnée ni effacée.
C’est précisément ce travail que propose un accompagnement en hypnose ericksonienne, au cabinet de Parçay-sur-Vienne ou en téléconsultation pour ceux qui vivent à Tours, Chinon, Azay-le-Rideau ou ailleurs en Touraine.
Questions fréquentes
Le stress post-traumatique d’un conjoint militaire peut-il affecter une personne qui n’est jamais allée en opération ?
Oui, c’est ce que décrit le traumatisme par procuration. Vivre au contact quotidien de l’hypervigilance, des cauchemars ou des accès de colère d’un proche atteint de TSPT laisse des traces propres, même sans exposition directe à l’événement traumatique.
Pourquoi un militaire reste-t-il silencieux après une mission difficile ?
Souvent par peur d’être jugé faible, ou de blesser sans le vouloir. Ce silence, pourtant protecteur dans son intention, finit par isoler les deux membres du couple au lieu de les rapprocher.
Comment reconnaître les signes d’un traumatisme par procuration chez soi ?
Une fatigue qui ne s’explique pas par le quotidien, une vigilance constante au comportement de l’autre, ou le sentiment de porter seule une charge émotionnelle sont des signaux fréquents, à prendre au sérieux plutôt qu’à minimiser.
Faut-il consulter seul ou avec son conjoint quand le retour de mission bouleverse le couple ?
Les deux approches ont leur place. Un accompagnement individuel permet à chacun de retrouver un espace propre, avant d’envisager, si cela est souhaité, un travail commun sur la relation.
Pourquoi le retour de mission peut-il décevoir malgré les retrouvailles attendues ?
Parce qu’on espère souvent reprendre la relation exactement comme avant. Le retour réussi suppose au contraire d’intégrer ce que chacun a vécu séparément dans une histoire commune, plutôt que de l’effacer.
Pour aller plus loin
Croissance post-traumatique, transformer la blessure en force intérieure