Série « La Traversée », Article 3/4
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Quand Inanna remonte des enfers, elle n’est plus celle qui est descendue. Elle a laissé à chaque porte quelque chose d’elle-même. Ce qui remonte est reconnaissable, mais différent. C’est cela, la transformation dans le deuil : non pas un retour à l’état antérieur, mais l’émergence de quelque chose qui n’existait pas encore sous cette forme.

Ce que la transformation n’est pas
Pourtant, la transformation dans le deuil n’est pas la guérison. Elle n’est pas l’oubli. Elle n’est pas non plus une injonction à aller mieux : « tu vas t’en sortir », « tu es fort », « ça va te rendre plus grand ». En effet, ces formulations, même bienveillantes, projettent sur la personne endeuillée un avenir qu’elle n’a pas encore et qu’elle n’a pas demandé.
La transformation réelle est plus discrète et plus profonde. Elle n’est pas visible de l’extérieur, et souvent pas immédiatement visible de l’intérieur non plus. Elle se découvre après coup, par petites choses : une manière différente de se rapporter au temps, une sensibilité qu’on n’avait pas, une hiérarchie des valeurs qui s’est déplacée.
La question identitaire au cœur du deuil
L’une des dimensions les moins nommées du deuil est sa dimension identitaire. Perdre quelqu’un ou quelque chose d’important, c’est aussi perdre une partie de qui on était dans cette relation. Le conjoint endeuillé n’est plus conjoint. Le parent qui perd un enfant reste parent, mais d’un enfant absent. Celui qui perd un ami de longue date perd aussi le témoin de sa propre histoire.
Concrètement, cette perte identitaire n’est pas accessoire. Elle est au cœur de ce qui rend certains deuils si déroutants. La personne ne sait plus très bien qui elle est, parce que ce qu’elle a perdu participait à définir qui elle était. C’est pourquoi Jung parlait du deuil comme d’un processus d’individuation forcé : la perte oblige à se retrouver soi-même, hors de la relation qui avait contribué à construire cette image de soi.
Ce qui émerge de la dépossession
Dans le mythe, Inanna remonte en récupérant à chaque porte ce qu’elle y avait laissé. Mais ce n’est pas un simple retour à l’état antérieur. Quelque chose s’est passé pendant le séjour dans les profondeurs. Elle relève les mêmes attributs, mais portés différemment, par quelqu’un qui sait maintenant ce que c’est que de les avoir perdus. C’est cette connaissance-là, acquise dans l’obscurité, qui est le véritable fruit de la transformation.
Pour comprendre ce qui se passe dans le temps suspendu qui précède ce moment : le séjour dans l’obscurité.
Signes que la transformation est à l’œuvre
- Une manière différente de se rapporter au temps et à l’essentiel.
- Des valeurs ou des priorités qui se sont déplacées sans décision consciente.
- Une sensibilité aux autres plus fine, parfois douloureuse.
- Le sentiment que quelque chose en soi a été approfondi, même si on ne le souhaitait pas.
- La capacité à tenir simultanément la perte et la vie qui continue.
- Un rapport différent à sa propre vulnérabilité.
La résilience comme développement différent, pas comme retour
Boris Cyrulnik a posé une distinction fondamentale : la résilience n’est pas un retour à l’état antérieur. C’est la capacité de reprendre un développement, différent, mais réel. Autrement dit, ce qui sort de la traversée du deuil n’est pas une réplique de ce qui existait avant. Pour approfondir ce que cela implique concrètement : croissance post-traumatique et transformation intérieure.
C’est pourquoi on ne cherche pas à retrouver qui on était avant. On cherche à découvrir qui on est maintenant, avec cette perte intégrée. C’est un mouvement vers l’avant qui n’est pas une fuite de ce qui a été, mais une fidélité différente à ce qu’on a aimé.
Ce que l’hypnose peut accompagner dans la transformation
L’hypnose ericksonienne travaille précisément au niveau où la transformation se joue, non pas dans les décisions conscientes, mais dans le rapport profond à soi-même, aux images intérieures, à la mémoire du lien. Evelyne Josse, spécialiste de l’hypnose et du deuil, a documenté en détail comment cette approche peut accompagner ce niveau de transformation : hypnose et deuil.
Le travail ne consiste pas à effacer le souvenir de ce qui a été perdu. Il consiste à transformer le rapport à ce souvenir, pour que la mémoire du lien devienne une ressource plutôt qu’une blessure qui empêche de vivre. C’est ce que j’accompagne en cabinet à Parçay-sur-Vienne, en Touraine, accessible depuis Chinon, Azay-le-Rideau et Sainte-Maure-de-Touraine, et en visioconférence.
Questions fréquentes
Peut-on se transformer sans le vouloir ?
Oui. La transformation dans le deuil n’est pas une décision. Elle advient, ou elle n’advient pas, indépendamment de la volonté consciente. Ce qui peut être voulu, c’est créer les conditions pour qu’elle puisse se faire : accepter de traverser plutôt que de contourner, accepter d’être accompagné plutôt que d’être seul dans l’obscurité.
La transformation signifie-t-elle qu’on oublie ce qu’on a perdu ?
Non. La transformation ne passe pas par l’oubli. Elle passe par un changement dans le rapport à la mémoire. Ce qui était une blessure toujours ouverte peut devenir une présence intériorisée, quelque chose qui reste vivant en soi sans empêcher de vivre. Le lien continue, sous une forme différente.
Comment l’hypnose accède-t-elle à ce niveau de transformation ?
L’hypnose ericksonienne travaille avec l’inconscient et les images intérieures, les niveaux où la mémoire du lien est encodée. Elle peut atteindre ce qui n’est pas accessible par le seul discours conscient. Non pas pour effacer, mais pour permettre à quelque chose de se repositionner : la perte reste, mais elle ne définit plus tout l’espace intérieur.
Références
C.G. Jung, L’âme et la vie, Buchet/Chastel, 1963.
Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, Odile Jacob, 1999.
James Hillman, Re-Visioning Psychology, 1975.
Viktor Frankl, Man’s Search for Meaning, 1946.
Mythe sumérien d’Inanna, La Descente d’Inanna aux Enfers (circa 1900 av. J.-C.).