Hypnose et deuil : le séjour dans l’obscurité

Série « La Traversée », Article 2/4

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Après la descente vient le séjour. Inanna est morte, suspendue dans le royaume des profondeurs. Elle n’agit plus, n’avance plus. Elle attend, sans savoir qu’elle attend quelque chose. C’est le moment le plus étrange du deuil, et le plus mal compris. Ce n’est pas une phase d’immobilité passive. C’est le lieu où quelque chose de profond se prépare, hors de la conscience et hors du contrôle. En cabinet à Parçay-sur-Vienne, en Touraine, et en visioconférence pour les personnes de Chinon, Azay-le-Rideau et alentours.

Forêt nocturne brumeuse teintes bleues — le séjour dans l'obscurité du deuil
Inanna attend dans les profondeurs. Quelque chose se prépare, hors de la conscience et hors du contrôle.

Ce que la société fait de l’obscurité

La société contemporaine a une relation difficile avec l’obscurité du deuil. En effet, elle la tolère pendant un temps limité, quelques semaines, quelques mois selon les contextes, puis elle commence à envoyer des signaux. « Il faut avancer. » « Tu ne peux pas rester là indéfiniment. » « Tu dois te reprendre. » Ces phrases, prononcées avec bienveillance, disent quelque chose de révélateur : l’obscurité est perçue comme un défi, et la rapidité à en sortir comme une vertu.

Or, cette pression n’accélère pas le deuil. Elle le complique. Pourtant, la personne endeuillée, déjà épuisée par la perte, doit maintenant gérer la pression supplémentaire d’être « trop longtemps » dans sa douleur. Ce double fardeau, la perte elle-même et la honte de ne pas aller assez vite, est l’une des raisons pour lesquelles le deuil complexe s’installe et dure.

L’obscurité comme lieu de travail

C’est pourquoi James Hillman écrivait que l’âme ne se construit pas dans la lumière mais dans les profondeurs. Concrètement, ce n’est pas une métaphore poétique. C’est une observation sur le fonctionnement psychique. Ce qui se passe dans l’obscurité du deuil n’est pas du vide. C’est un travail souterrain, invisible, que la conscience ne peut ni diriger ni accélérer. C’est précisément ce travail qui distingue un deuil qui progresse d’une stagnation qui s’enkyste.

Jung parlait du processus d’individuation comme d’un mouvement qui traverse nécessairement les zones d’ombre. Autrement dit, il n’existe pas de chemin vers la profondeur de soi qui contourne l’obscurité. Celui qui veut être transformé doit accepter de ne pas voir où il va, pendant un temps. Ce n’est pas une faiblesse. C’est la condition de la transformation.

Ce qui se prépare dans le noir

Dans le mythe d’Inanna, pendant qu’elle est suspendue morte dans les profondeurs, deux êtres envoyés par le dieu de la sagesse descendent la chercher. Ils ne luttent pas contre Ereshkigal, ne forcent pas le retour d’Inanna. Ils font quelque chose d’étrange : ils pleurent avec la déesse des morts. Ils témoignent de sa douleur. Et c’est ce témoignage, cette présence sans agenda, sans volonté de réparer, qui libère quelque chose.

Ce passage dit quelque chose d’essentiel sur ce dont a besoin quelqu’un dans l’obscurité du deuil : non pas qu’on le tire de là où il est, mais qu’on soit capable de l’y rejoindre. Sans vouloir réparer. Sans proposer de solution. Simplement présent, dans le témoignage.

Signes que le séjour dans l’obscurité est à l’œuvre

  • Un sentiment de vide ou d’absence que les mots n’atteignent pas.
  • Le temps qui ne s’écoule plus normalement, trop lent ou sans repère.
  • Une fatigue profonde sans cause physique identifiable.
  • L’impression que quelque chose travaille en soi, sans qu’on sache quoi.
  • Le retrait provisoire de certaines relations ou activités.
  • Des rêves intenses, parfois troublants, parfois apaisants.

La temporalité du deuil est incompressible

Le deuil a une temporalité propre qui ne coïncide pas avec le calendrier social. C’est pourquoi certaines personnes décrivent une vague de deuil qui revient des mois ou des années après la perte, à l’occasion d’un anniversaire, d’une naissance, d’un objet retrouvé dans un tiroir. Ce n’est pas un signe que le deuil n’a pas été fait. C’est le signe que le psyché continue son travail à son propre rythme, indépendamment de la volonté consciente.

En effet, Bessel van der Kolk a montré que la mémoire de la perte, comme la mémoire traumatique, est encodée dans le corps et le système nerveux, pas seulement dans les pensées. La mémoire émotionnelle implicite fonctionne hors du contrôle conscient et peut se réactiver à tout moment par un signal sensoriel inattendu. Ce n’est pas un échec de la reconstruction. C’est la nature même de la mémoire du deuil.

Pour comprendre comment ces traces s’inscrivent dans le corps : mémoire traumatique et manifestations somatiques.

Comment se tenir dans l’obscurité sans s’y perdre

Il existe une différence fondamentale entre habiter l’obscurité et s’y noyer. La première est un processus actif, même s’il paraît passif de l’extérieur. La seconde est un isolement progressif qui coupe la personne de tout ce qui pourrait la relier à quelque chose de vivant. Pourtant, cette frontière n’est pas toujours facile à discerner seul.

C’est ainsi que l’accompagnement prend son sens. Non pas pour extraire la personne de l’obscurité, mais pour être présent avec elle pendant qu’elle y est, comme les deux êtres du mythe qui descendent simplement témoigner, sans agenda, sans calendrier. L’hypnose ericksonienne peut créer cet espace intérieur sécurisant pour que l’obscurité soit traversée sans être dévastatrice. Ce travail s’inscrit dans La Traversée, mon programme d’accompagnement en trois phases : Respirer, Rencontrer, Exister. Accessible depuis Sainte-Maure-de-Touraine et toute la région.

Questions fréquentes

Est-il normal de ne plus ressentir grand-chose pendant le deuil ?

Oui. L’engourdissement émotionnel est l’une des manifestations les plus fréquentes du séjour dans l’obscurité. Le psyché met parfois la sensibilité en veille pour protéger la personne de ce qu’elle ne pourrait pas intégrer d’un seul coup. Ce n’est pas de l’indifférence. C’est une protection. Les émotions reviennent, souvent par vagues, quand le système est prêt à les traiter.

Comment savoir si je suis dans un deuil sain ou un deuil compliqué ?

La distinction n’est pas dans l’intensité de la douleur ni dans la durée. Elle est dans le mouvement. Un deuil qui progresse, même lentement, même non linéairement, est un deuil qui se fait. Un deuil qui se fige complètement, qui isole progressivement la personne, qui envahit toutes les dimensions de la vie sur la durée, peut signaler qu’un accompagnement spécifique est nécessaire.

Peut-on accélérer le deuil grâce à l’hypnose ?

Non, et ce serait contre-productif. Ce qu’un accompagnement hypnothérapeutique sérieux peut faire, c’est créer les conditions pour que le deuil se traverse plus complètement, avec moins de risque de blocage. Il ne s’agit pas d’aller plus vite. Il s’agit de traverser sans s’y perdre.

Références

James Hillman, Re-Visioning Psychology, 1975.

C.G. Jung, L’âme et la vie, Buchet/Chastel, 1963.

Bessel van der Kolk, Le Corps n’oublie rien, Albin Michel, 2014.

Mythe sumérien d’Inanna, La Descente d’Inanna aux Enfers (circa 1900 av. J.-C.).

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