Série « La Traversée », Article 4/4
| Série « La Traversée » sur le deuil. Retrouvez tous les articles : Hypnose et deuil, la série complète. |
Inanna remonte. Elle a traversé les sept portes, elle a été dépouillée de tout, elle a séjourné dans la mort. Et elle revient. Mais son retour soulève une question que le mythe pose sans la résoudre complètement : peut-on vraiment revenir dans le monde sans trahir ce qu’on a vécu dans les profondeurs ? Non pas « aller mieux », mais revenir, avec ce qu’on a perdu intégré, pas effacé.

Le malentendu autour du « retour à la vie »
L’expression « retour à la vie » est ambiguë. En effet, elle laisse entendre qu’on revient vers quelque chose qui était là avant, que la vie reprend là où elle s’était interrompue. Or, ce n’est pas ce qui se passe réellement. Celui qui revient n’est plus tout à fait le même, et la vie dans laquelle il revient n’est plus tout à fait la même non plus. La perte a modifié les deux.
Pourtant, le retour est réel. Il ne s’agit pas de faire semblant que rien ne s’est passé. Il s’agit de reprendre une vie qui intègre ce qui s’est passé, une vie qui porte la trace de la perte sans en être paralyisée. C’est une distinction essentielle, et elle change tout à la manière dont on peut accompagner ce moment.
La question de la fidélité
L’une des peurs les plus fréquentes au moment où quelque chose commence à bouger dans le deuil est la peur de trahir. Concrètement, elle se manifeste comme une résistance à aller mieux, à reprendre des activités, à ressentir à nouveau quelque chose de léger ou de joyeux. Comme si le retour à la vie était une forme d’abandon de celui ou de ce qu’on a perdu.
Viktor Frankl a nommé quelque chose d’essentiel à ce sujet : le sens que l’on reconstruit après une perte peut être une forme de fidélité à ce qui a été perdu. Autrement dit, vivre, agir, continuer, non pas malgré la perte, mais en son nom. Ce renversement change complètement le rapport à la culpabilité. Pour approfondir sa pensée sur le sens et la reconstruction : Institut Viktor Frankl de Vienne.
Ce que le retour d’Inanna dit de cette fidélité
Dans le mythe, Inanna ne peut pas remonter librement. La loi des profondeurs l’exige : personne ne sort du royaume des morts sans qu’un substitut descende à sa place. Inanna désigne alors son époux Dumuzi, qui ne l’avait pas pleурée pendant son absence, il avait continué à vivre comme avant, comme si rien ne s’était passé. C’est lui qui descend.
Ce détail dit quelque chose de précis sur ce que coûte le retour : on ne revient pas sans abandonner quelque chose de la vie d’avant. Une relation qui ne peut plus être ce qu’elle était, une manière de fonctionner qui ne tient plus, une part de soi construite autour de ce qu’on a perdu. Le retour exige ce dépôt. C’est sa condition.
Signes que le retour est en cours
- La capacité à tenir simultanément la tristesse et un moment de légèreté.
- L’intérêt qui revient pour des choses qui avaient perdu tout sens.
- Le sentiment que la mémoire de la perte est présente mais ne définit plus tout.
- La capacité à envisager un avenir, même vague, même incertain.
- Le retour du corps à des rythmes plus ordinaires : sommeil, appétit, présence.
- Une relation différente à la mémoire, plus douce, moins dévastatrice.
Ce que l’hypnose peut accompagner dans le retour
Pourtant, le retour est souvent le moment où les personnes endeuillées ont le moins de soutien. L’entourage considère que « ça va mieux » et se retire. Or, c’est précisément à ce moment que certaines questions se posent avec une acuité particulière : qui suis-je maintenant ? Que veux-je ? Quelle vie veux-je reprendre, ou construire ?
C’est pourquoi l’hypnose ericksonienne peut être particulièrement utile dans cette phase. Non pas pour accélérer quoi que ce soit, mais pour créer un espace où ces questions peuvent être posées sans pression. Pour comprendre comment s’articule la transformation qui précède ce moment : la transformation dans le deuil explique ce qui se déplace avant que le retour soit possible.
Ce travail s’inscrit dans La Traversée, mon programme d’accompagnement en trois phases : Respirer, Rencontrer, Exister. En cabinet à Parçay-sur-Vienne, en Touraine, accessible depuis Chinon, Azay-le-Rideau et Sainte-Maure-de-Touraine, et en visioconférence. Pour découvrir cette approche : La Traversée, retrouver du sens après un choc de vie.
Ainsi, le retour n’est pas une fin. C’est un commencement différent.
Questions fréquentes
Ressentir à nouveau de la joie trahit-il la mémoire de ce qu’on a perdu ?
Non. C’est l’une des peurs les plus fréquentes, et l’une des plus douloureuses. Ressentir de la légèreté, du plaisir ou de la joie n’efface pas la mémoire de ce qu’on a perdu. Souvent, ces moments sont portés par la présence intériorisée de ce qu’on a perdu, comme si on vivait aussi en son nom. La joie après le deuil n’est pas une trahison. C’est une forme de fidélité.
Comment savoir si on est prêt à revenir ?
La question du « prêt » n’a pas de réponse définitive. Le retour n’est pas une décision à prendre à un moment précis. Il se fait progressivement, par petites choses, souvent sans qu’on s’en rende compte. Ce qui peut indiquer que quelque chose est en mouvement : l’intérêt qui revient, les rythmes du corps qui se rétablissent, la capacité à envisager un avenir même flou.
Et si quelque chose reste bloqué ?
Certains deuils se bloquent. La perte reste au premier plan, envahit tout, empêche de vivre. Ce n’est pas un échec. C’est le signe qu’un accompagnement spécifique est nécessaire. Un deuil bloqué n’est pas un deuil impossible. C’est un deuil qui n’a pas encore trouvé les conditions pour se traverser. Un accompagnement adapté peut créer ces conditions, à n’importe quel moment, quel que soit le temps écoulé.
Références
Viktor Frankl, Man’s Search for Meaning, 1946.
C.G. Jung, L’âme et la vie, Buchet/Chastel, 1963.
Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, Odile Jacob, 1999.
James Hillman, Re-Visioning Psychology, 1975.
Mythe sumérien d’Inanna, La Descente d’Inanna aux Enfers (circa 1900 av. J.-C.).