Ce que la guerre fait aux civils : témoignage et réflexions d’un hypnothérapeute

Je reviens d’un voyage qui m’a profondément marqué. Je n’étais pas en touriste. J’étais à la recherche de mes racines, dans un pays aujourd’hui en paix. Pourtant, les murs, les visages et les silences portaient encore les traces d’une guerre passée. C’est là que j’ai compris quelque chose que les années de cabinet n’avaient fait qu’effleurer : les blessures de guerre ne s’arrêtent pas quand les armes se taisent. Elles continuent de vivre, dans les corps, dans les familles, dans les silences qui durent des décennies.

Si vous lisez cet article, c’est peut-être parce que vous portez vous-même quelque chose de ce poids. Ou parce que quelqu’un que vous aimez le porte. Ce que j’ai vu là-bas, et ce que j’entends en cabinet à Parçay-sur-Vienne, ce sont les mêmes blessures. Elles ont un nom. Et elles peuvent être traversées.

Tronc d'arbre fendu et blessé avec une plaie vive rouge — symbole du traumatisme psychique de guerre et de la blessure intérieure des populations civiles

Ce que j’ai vu sur le terrain

Au fil des jours passés dans ces familles, des mots ont été lâchés. Tard dans la nuit, pendant les repas partagés, dans le silence des oliviers. Il a suffi de presque rien pour que l’écoute sincère ouvre la parole. C’est ainsi qu’apparaissent les traumatismes psychiques de guerre : non pas en consultation formelle, mais quand la confiance s’installe et que l’autre perçoit qu’il ne sera pas jugé.

Une femme dont le portrait de son fils est peint sur un mur du village. Elle n’a pas dit grand-chose au début. Et puis elle a raconté. Son fils avait vingt ans quand il est mort. Lorsqu’elle dit qu’il voulait défendre sa terre, la fierté se mêle à l’accablement dans son regard. Cette ambivalence, ce mélange de fierté et de douleur, je l’ai retrouvée dans presque tous les témoignages. Comment peut-on être fier d’avoir résisté et simultanément être détruit par la perte ? C’est l’une des contradictions profondes du trauma de guerre. L’honneur n’efface pas la souffrance.

Une autre femme, aujourd’hui mère de famille. Enfant pendant la guerre, son cerveau d’enfant a dû supporter les cris d’une jeune voisine subissant ce que la guerre promet invariablement aux femmes. Elle n’avait pas les ressources mentales pour supporter ce qui se passait. Ces expériences ne disparaissent pas. Elles s’inscrivent dans le corps, dans les réactions automatiques, dans les nuits d’insomnie, des décennies plus tard.

Ce que j’ai observé là-bas confirme ce que la recherche documente depuis longtemps : le traumatisme psychique de guerre n’épargne pas les civils. Il touche les mères, les enfants devenus adultes, les hommes qui ont dû choisir entre des impossibles. Et il se transmet, silencieusement, aux générations suivantes.

Ce que la guerre fait au psychisme

Pour comprendre ce que vivent les personnes touchées par un traumatisme de guerre, il faut comprendre ce qui se passe dans le système nerveux confronté à l’extrême. La guerre crée ce que les chercheurs appellent une exposition permanente au danger : risque de sa propre mort, de celle de ses proches, destruction du cadre social et des repères qui donnent sens à l’existence. Cette exposition continue, sans possibilité de repos, déborde les capacités d’intégration de la psyché.

Concrètement, les manifestations les plus fréquentes sont les reviviscences, ces flashbacks et cauchemars où le cerveau rejoue en boucle l’événement comme s’il cherchait encore une issue. Il y a aussi l’hypervigilance, cet état d’alerte permanent où le système nerveux reste en haut régime même quand le danger est passé. Et l’évitement, ce réflexe de fuir tout ce qui rappelle l’événement, qui finit par rétrécir l’existence jusqu’à l’isolement.

Au fond, ce n’est pas de la faiblesse. C’est la réponse cohérente d’un psychisme qui a été débordé. Bessel van der Kolk l’a documenté avec précision : le trauma s’inscrit là où la seule parole n’atteint pas. Pour aller plus loin sur ces mécanismes, la mémoire traumatique et ses manifestations somatiques détaille ce que le corps garde en mémoire.

La blessure morale : quand ce n’est pas seulement de la peur

Il y a une dimension du traumatisme de guerre dont on parle moins, et qui est peut-être la plus destructrice : la blessure morale. Jonathan Shay, psychiatre américain spécialiste du trauma militaire, l’a définie avec précision : c’est l’atteinte produite non pas par le danger seul, mais par la trahison, ou par l’impossibilité de respecter ses propres valeurs dans des circonstances extrêmes.

Sauver sa propre vie au prix de celle d’un autre. Être contraint de faire quelque chose qui va à l’encontre de son identité. Ces situations ne génèrent pas seulement de la peur. Elles génèrent une honte profonde, différente de la culpabilité. La culpabilité dit : j’ai fait quelque chose de mal. La honte dit : je suis quelqu’un de mauvais. Cette honte s’insinue dans l’identité et ronge de l’intérieur, parfois pendant des décennies.

Par ailleurs, la guerre détruit les structures collectives qui donnent sens à l’existence. La maison, le quartier, les rituels, les liens communautaires. Certaines familles ne peuvent même pas accomplir les rites funéraires. Cette impossibilité de deuil crée ce que les cliniciens appellent un deuil bloqué : la personne reste suspendue dans une attente sans fin, incapable de laisser partir ce qu’elle n’a pas pu accompagner. Pour aller plus loin, hypnose et deuil : traverser la perte sans se perdre aborde cette dimension.

Ce que l’hypnose peut faire pour ces blessures

L’hypnose ericksonienne, par sa capacité à accéder aux couches du psychisme où le trauma est inscrit, offre un outil précieux pour le travail sur le traumatisme de guerre. Mais l’outil ne suffit pas. Ce qui compte d’abord, c’est la qualité de la présence. Il suffit de presque rien pour que quelqu’un perçoive que l’écoute est sincère et non jugeante. C’est à partir de là que la parole se libère, et que le travail devient possible.

En séance, l’objectif n’est pas d’effacer ce qui s’est passé. C’est de transformer le rapport émotionnel au souvenir. La transe hypnotique permet d’accéder à l’événement depuis une position de sécurité, comme un observateur plutôt qu’une personne revivant la scène. Cette distance thérapeutique, décrite par Évelyne Josse dans ses travaux sur l’hypnose et le trauma, protège le système nerveux tout en permettant un travail en profondeur.

Ce qui m’a frappé lors de ce voyage, c’est la confirmation d’une vérité que le cabinet enseigne chaque jour : les schémas du traumatisme sont universels. Quelle que soit la culture, quelle que soit la guerre, le psychisme humain répond aux mêmes blessures avec les mêmes mécanismes. Et il porte en lui les mêmes ressources pour se reconstruire.

La Traversée : un accompagnement structuré pour les blessures de guerre

Mon accompagnement s’organise autour de La Traversée, un programme en trois phases progressives conçu pour les personnes ayant vécu un choc de vie, qu’il s’agisse d’un traumatisme de guerre, d’une violence, d’un deuil ou de toute autre épreuve qui a laissé des traces durables.

La première phase, Respirer, consiste à établir une sécurité intérieure suffisante avant toute chose. Après un traumatisme de guerre, le corps est souvent perçu comme ennemi : il réagit, il sursaute, il se crispe. Ce travail de stabilisation réintroduit le corps comme allié, progressivement, sans forcer.

La deuxième phase, Rencontrer, permet d’accéder au matériau traumatique dans un cadre sécurisé. Les images, les émotions non traversées, la honte, la culpabilité du survivant. L’hypnose ericksonienne permet d’approcher ces couches sans les forcer, à un rythme dicté par la psyché, pas par un calendrier.

La troisième phase, Exister, est celle de l’intégration. Pouvoir porter son histoire sans en être prisonnier. Retrouver un sens à l’existence après l’épreuve. Viktor Frankl, qui a lui-même survécu à l’extrême, l’a formulé avec clarté : même dans les conditions les plus impossibles, il reste possible de choisir comment on se rapporte à ce qu’on a vécu. Ce n’est pas une injonction à la positivité. C’est une reconnaissance de la liberté intérieure irréductible.

Pour comprendre comment ce parcours s’articule concrètement, la page accompagnement détaille le cadre et les modalités de La Traversée.

Ce que ce voyage m’a confirmé

Les mères que j’ai rencontrées pleurent toujours leurs fils. Certaines ont pourtant trouvé un chemin pour que cette douleur ne soit plus le centre exclusif de leur existence. Les hommes qui ont combattu portent encore les images de la guerre. Certains ont réussi à créer une vie nouvelle, à redevenir pères, époux, citoyens. Les enfants traumatisés sont devenus des adultes capables de transmettre autre chose que la peur.

C’est ce mouvement qui m’anime dans mon travail quotidien. Le traumatisme de guerre laisse des marques. Mais il n’a pas le dernier mot. La résilience, telle que Boris Cyrulnik l’a définie, n’est pas un retour à l’état d’avant. C’est la reprise d’un développement différent, qui intègre l’épreuve sans en être prisonnier. C’est cette capacité que le travail en hypnose cherche à activer. Pour en savoir plus sur les ressources disponibles sur le psychotraumatisme de guerre, le dossier du Ministère des Armées sur l’ESPT documente les dispositifs existants.

Le premier pas est un rendez-vous découverte offert de 30 minutes par téléphone, sans engagement. Un espace pour parler de votre situation et comprendre si cette approche vous correspond. Les séances ont lieu en cabinet à Parçay-sur-Vienne, en Touraine, ou en visioconférence.

Questions fréquentes

Peut-on travailler sur un traumatisme de guerre des décennies après les faits ?

Oui. Le temps n’efface pas le traumatisme, mais il ne l’empêche pas d’être travaillé non plus. Les personnes qui portent des blessures de guerre depuis vingt ou trente ans peuvent tout à fait entreprendre un travail thérapeutique. Le système nerveux reste capable de changement, quel que soit l’âge. Ce qui compte, c’est la qualité de la sécurité créée dans l’espace thérapeutique, pas l’ancienneté de l’épreuve.

Les traumatismes de guerre touchent-ils aussi les civils, pas seulement les combattants ?

Oui, pleinement. Les populations civiles exposées à la guerre développent des troubles de stress post-traumatique selon des mécanismes identiques à ceux des combattants. L’exposition au danger de mort, la perte de proches, la destruction du cadre social, l’impossibilité du deuil : ces expériences produisent les mêmes inscriptions dans le système nerveux. Les enfants qui ont grandi dans des familles traumatisées portent souvent ce poids de façon indirecte, sans même avoir de souvenir conscient de l’événement d’origine.

La blessure morale est-elle différente du TSPT classique ?

C’est une distinction clinique importante. Le TSPT classique est principalement une réponse à la peur et au danger de mort. La blessure morale, telle que Jonathan Shay l’a définie, naît d’une trahison ou d’une transgression des valeurs personnelles dans des circonstances extrêmes. Elle génère une honte profonde, une remise en question de l’identité, qui ne répond pas aux mêmes approches. Dans les deux cas, le travail commence par une reconnaissance de ce qui a été vécu, avant toute technique.

L’hypnose peut-elle aggraver un traumatisme de guerre ?

L’hypnose ericksonienne pratiquée dans un cadre rigoureux ne présente pas ce risque. Ce qui peut survenir, c’est une remontée émotionnelle si le travail va trop vite par rapport à ce que le système nerveux peut intégrer. C’est pourquoi la phase Respirer de La Traversée est non négociable : aucun accès au matériau traumatique avant que la stabilisation soit en place. Le rythme est toujours calibré à la personne, pas à un protocole fixe.

Pour aller plus loin

Traumatisme de guerre et TSPT : comprendre pour avancer

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