Série « La Traversée » — Article 1/4
| Série « La Traversée » sur le deuil. Retrouvez tous les articles : Hypnose et deuil, la série complète |
On parle du deuil comme d’une épreuve à surmonter. Comme d’étapes à franchir. Comme d’une page à tourner. Pourtant, ceux qui l’ont vraiment traversé savent que ces mots ne disent pas ce qui se passe réellement. Ce qui se passe ressemble davantage à une descente, au sens le plus concret du terme. Quelque chose en soi s’en va vers le bas, vers l’intérieur, vers quelque chose qu’on ne contrôle pas. En cabinet à Parçay-sur-Vienne, en Touraine, et en visioconférence pour les personnes de Chinon, Azay-le-Rideau et alentours.

Le deuil ne se surmonte pas, il se traverse
La distinction est essentielle. Surmonter suppose qu’on passe par-dessus, qu’on enjambe l’obstacle pour retrouver le chemin d’avant. Or, le deuil ne laisse pas de chemin d’avant. En effet, ce qui a été perdu a réorganisé la réalité entière. Ce n’est pas un obstacle sur le chemin, c’est une transformation du chemin lui-même.
Traverser suppose qu’on entre dans quelque chose et qu’on le parcourt de l’intérieur. Qu’on accepte d’être, pendant un temps, dans un espace différent de celui d’avant. C’est une posture radicalement différente, et elle change tout à la manière dont on peut accompagner ce processus.
Ce que les mythes anciens savaient déjà
Bien avant la psychologie moderne, les cultures anciennes avaient représenté le deuil sous la forme d’une descente. Inanna, grande déesse sumérienne, descend un jour dans le royaume des morts. À chacune des sept portes qui mènent aux profondeurs, elle dépose quelque chose : la couronne, les bijoux, les vêtements de rang, jusqu’à, à la dernière porte, le vêtement royal qui constitue son identité. Elle arrive nue, dépouillée de tout ce qu’elle était, et elle meurt.
Ce mythe vieux de cinq mille ans dit quelque chose que la psychologie contemporaine redonne lentement. On commence par déposer ce qu’on possède, et on finit par déposer ce qu’on est. Le deuil est une initiation, non pas au sens d’une épreuve qu’on subit, mais au sens d’un passage qui transforme profondément celui qui le traverse. On n’en sort pas intact, on en sort différent.
Ce que la descente défait
Avant la transformation vient la dépossession. Le deuil défait des choses très précises.
Il défait d’abord la certitude que le monde est stable, que ce qui était là hier sera encore là demain. Ensuite l’identité liée à ce qu’on a perdu, le conjoint, le parent, l’enfant, l’ami, mais aussi parfois l’emploi, la santé, la vie qu’on croyait avoir. Il défait enfin le sens, cette manière qu’on avait de comprendre pourquoi les choses arrivent et où elles mènent.
C’est pourquoi Bessel van der Kolk observe que le deuil, dans ses formes complexes, laisse des traces profondément semblables au traumatisme. Pour comprendre comment ces traces s’inscrivent dans le corps : mémoire traumatique et manifestations somatiques
Concrètement, ce n’est pas uniquement un état émotionnel. C’est une réorganisation complète du rapport à soi, aux autres, au temps et au monde.
Ce que le deuil défait avant toute reconstruction :
- La certitude de la stabilité du monde
- L’identité construite en relation avec ce qu’on a perdu
- Le sens qui organisait la vie
- Le rapport ordinaire au temps
- La confiance dans le corps, qui garde la mémoire de la perte
Pourquoi la descente ne peut pas être court-circuitée
L’erreur la plus fréquente, dans l’entourage comme dans certaines approches thérapeutiques, est de chercher à abréger la descente. De la traiter comme un état indésirable dont il faudrait sortir le plus vite possible. Or, la descente a une fonction. Elle crée l’espace intérieur dans lequel quelque chose peut se transformer.
Jung écrivait que l’âme ne se développe pas dans la lumière, mais dans la confrontation avec ses propres profondeurs. Autrement dit, ce qui se passe dans la descente du deuil n’est pas une pathologie à corriger. C’est un processus psychique réel, qui a sa propre logique, son propre rythme, et dont la conclusion ne peut pas être décidée de l’extérieur.
C’est pourquoi un accompagnement sérieux ne cherche pas à accélérer la descente. Il cherche à créer les conditions pour qu’elle se fasse en sécurité, pour que la personne qui descend ne soit pas seule dans l’obscurité. La Traversée s’inscrit précisément dans cette démarche, en trois phases : Respirer, Rencontrer, Exister. Accessible depuis Sainte-Maure-de-Touraine et toute la région.
Questions fréquentes
Le deuil a-t-il vraiment des étapes ?
Le modèle de Kübler-Ross a été conçu pour les personnes en fin de vie, pas pour les endeuillés. Ce modèle décrit un vécu très différent de celui de ceux qui ont perdu quelqu’un. Son application au deuil s’est imposée par l’usage, sans correspondre à ce que la plupart des personnes traversent réellement. Le deuil est non linéaire, non prédictible et profondément individuel.
Combien de temps dure le deuil ?
Il n’existe pas de durée normale. Ce qui existe, c’est une société qui fixe des délais implicites après lesquels on est censé à nouveau fonctionner normalement. Ces délais ne correspondent à rien de réel psychiquement. Certains deuils prennent des années. Certains reviennent par vagues, longtemps après. Ce qui compte n’est pas la durée, mais la qualité de ce qui se passe pendant la traversée.
Comment l’hypnose peut-elle accompagner la descente du deuil ?
L’hypnose ericksonienne ne cherche pas à accélérer la traversée ni à supprimer la douleur. Elle travaille avec ce qui est là pour créer un espace intérieur sécurisant dans lequel la descente peut se faire sans être dévastatrice. Elle peut aussi atteindre des niveaux que le seul discours conscient n’atteint pas : la mémoire somatique de la perte, les réactions corporelles, le rapport au temps figé.