Traumatisme psychique de guerre sur les populations civiles : témoignage et réflexions d’un hypnothérapeute

Tronc d'arbre fendu et blessé avec une plaie vive rouge — symbole du traumatisme psychique de guerre et de la blessure intérieure des populations civiles
L’arbre blessé reste debout — témoignage et réflexions d’un hypnothérapeute sur le traumatisme de guerre

Traumatisme psychique de guerre sur les populations civiles : témoignage et réflexions d’un hypnothérapeute

Je reviens d’un voyage qui m’a profondément marqué. En effet, je n’étais pas en touriste. J’étais à la recherche de mes racines, dans un pays aujourd’hui en paix. Pourtant, les murs, les visages et les silences portent encore les stigmates d’une guerre passée.

Là-bas, j’ai partagé le quotidien de familles dont l’existence reste traversée par des blessures invisibles. Au fil des activités — visiter les ruches, entretenir les oliviers, chasser en montagne — des mots sont lâchés. Lors des conversations tard dans la nuit, des souvenirs sont évoqués. Pendant que nous partagions les recettes de cuisine ou suivions les devoirs des enfants, la confiance s’installait.

À l’évidence, la guerre a laissé des traces profondes bien au-delà de la fin des combats. Par ailleurs, il suffit de presque rien pour que l’autre perçoive que l’écoute est sincère et non jugeante. Alors, la parole se libère. C’est ainsi qu’apparaissent ce que nous appelons des traumatismes psychiques de guerre.

Cette intimité créée par ma quête identitaire m’a permis de découvrir une réalité que les statistiques ne peuvent capturer. D’une part, celle des mères qui pleurent leurs fils disparus. D’autre part, celle des enfants devenus adultes mais prisonniers de leurs souvenirs d’horreur. Également, celle des hommes qui ont affronté la mort les yeux dans les yeux. Enfin, celle des familles déchirées par des dilemmes insoutenables.

Sollicité pour des séances d’hypnose, j’ai pu constater une vérité fondamentale. Quelle que soit la culture, les schémas de représentation du monde ou le contexte, les fondamentaux de la psyché humaine face au trauma restent immuables.

Quand les murs parlent et les silences crient

Le portrait d’un fils tombé au combat

On m’a présenté une femme dont le fils est représenté en portrait peint sur un mur du village. Elle n’a pas dit grand-chose au début. Cependant, elle portait en elle la douleur sourde de ceux qui ont perdu un enfant.

Et puis elle a raconté. Son fils, engagé dans la résistance, avait 20 ans lorsqu’il a été tué. Lorsqu’elle lance « Il voulait défendre sa terre », la fierté se mêle à l’accablement dans son regard. D’ailleurs, cette ambivalence, ce mélange de fierté et d’abattement, je l’ai retrouvé dans presque tous les témoignages.

L’impossible équation de la fierté et de la perte

Comment peut-on être fier d’avoir résisté et simultanément être détruit par la perte d’un être cher ? C’est l’une des contradictions profondes du traumatisme de guerre. En effet, l’honneur n’efface pas la souffrance.

Progressivement, la culpabilité du survivant s’installe : « Aurais-je pu faire autrement ? Aurais-je pu le protéger ? » Ces questions sans réponse hantent les nuits. Par conséquent, elles colorent les journées d’une mélancolie persistante.

Quand l’enfance bascule dans l’horreur

Puis il y a ceux qui étaient enfants pendant la guerre. Une femme encore, aujourd’hui mère de famille. Son cerveau d’enfant a dû supporter les cris d’une jeune voisine subissant ce que la guerre promet invariablement aux femmes.

Elle n’avait pas les ressources mentales pour supporter ce qui se passait. D’ailleurs, les a-t-on lorsqu’on est adulte face à l’horreur ? Face à son impuissance à venir en aide ? De ces situations naissent les troubles de stress post-traumatique (TSPT).

Un traumatisme qui n’épargne personne

Ce que j’ai observé là-bas confirme ce que la recherche démontre. Le traumatisme psychique de guerre sur les populations civiles n’épargne personne. En premier lieu, les femmes qui ont vu leurs fils partir portent le poids d’une perte inconsolable. Parfois contre leur gré.

Ensuite, les hommes qui ont combattu oscillent entre deux sentiments. D’un côté, celui d’avoir accompli leur devoir. De l’autre, l’horreur de ce qu’ils ont vécu, vu, fait. Enfin, les enfants deviennent des adultes avec des fragments de mémoire impossibles à raconter. Des images surgissent sans prévenir. Des sensations corporelles ramènent au chaos.

L’hypnose face au trauma : une plasticité remarquable

La position basse : accueillir sans juger

Dans ce contexte, j’ai eu l’occasion de pratiquer l’hypnose ericksonienne. Cette approche, développée par Milton Erickson, repose sur ce que les hypnothérapeutes appellent la « position basse« . Il s’agit d’une attitude de non-jugement, d’accueil total de l’autre tel qu’il est.

Cette posture permet au thérapeute de se synchroniser avec le mode de pensée de la personne. Ainsi, il entre dans son inconscient collectif — celui qui est façonné par sa culture, son histoire, ses croyances. Ensuite, il dépasse ce cadre. Finalement, il active les mécanismes psychiques universels présents en chaque être humain.

Des schémas universels malgré la diversité culturelle

Ce qui m’a frappé, c’est la capacité de l’hypnose à s’adapter aux spécificités culturelles. Néanmoins, elle travaille sur des structures profondes identiques. Peu importe que je sois face à une mère grecque, un paysan cambodgien ou un ancien combattant en Irak.

Les blessures psychiques causées par la guerre suivent des schémas similaires. Premièrement, les reviviscences — images, sons, odeurs qui ramènent au traumatisme. Deuxièmement, l’évitement — fuir tout ce qui rappelle l’événement. Troisièmement, l’hypervigilance — un état d’alerte permanent. Enfin, une altération de l’humeur et de la cognition.

Transformer le rapport au souvenir, pas l’effacer

En séance, j’ai pu constater la force de cette approche. La transe hypnotique permet de travailler sur le souvenir. Toutefois, non pas pour l’effacer — ce qui serait vain et destructeur. Au contraire, pour transformer le rapport émotionnel à ce souvenir.

L’objectif n’est pas d’oublier. Il s’agit plutôt de permettre à la personne de se réconcilier avec sa propre histoire. Par conséquent, elle réintègre ce fragment douloureux dans le fil de son existence. Ainsi, il cesse de la paralyser.

Comprendre les mécanismes du traumatisme psychique de guerre

Quand le psychisme est confronté à l’extrême

Pour mieux saisir ce que vivent les populations civiles en temps de guerre, il faut comprendre ce qui se passe dans le psychisme. En effet, lorsqu’il est confronté à des situations extrêmes, le psychisme subit des transformations profondes.

La guerre crée ce que les chercheurs appellent une « exposition permanente au risque« . Risque de sa propre mort et de celle de ses proches. Cette exposition continue, sans possibilité de fuite ni de repos, déstabilise profondément les structures psychiques.

Les quatre piliers du trauma de guerre

1. La violence intentionnelle

1. La violence intentionnelle

Contrairement aux catastrophes naturelles, la violence de guerre est infligée par d’autres êtres humains. Cette dimension intentionnelle crée une blessure identitaire particulière. La confiance dans l’humanité se brise. « Comment des hommes peuvent-ils faire cela à d’autres hommes ? » Par conséquent, cette question sans réponse devient un tourment existentiel.

2. La destruction du cadre social

La guerre détruit non seulement des vies. Elle détruit aussi les structures qui donnent sens à l’existence : la maison, le quartier, les rituels quotidiens, les liens communautaires. Ainsi, les personnes se retrouvent déracinées, privées de leurs repères spatiaux et sociaux. Cette désorganisation psychosociale aggrave considérablement le traumatisme individuel.

3. L’impossibilité du deuil

Dans de nombreux cas, les familles ne peuvent accomplir les rites funéraires. Les corps sont disparus, enterrés dans des fosses communes, ou tout simplement inaccessibles. Cette impossibilité d’accompagner dignement ses morts crée ce que les psychologues appellent un « deuil bloqué« . Par conséquent, la personne reste suspendue dans une attente sans fin. Elle devient incapable de faire le travail de deuil nécessaire à la cicatrisation.

4. Le trauma intergénérationnel

Les enfants qui grandissent dans des familles traumatisées par la guerre héritent souvent de ce poids psychique. En effet, les non-dits, les angoisses parentales, les souvenirs fragmentés se transmettent inconsciemment. Cela crée ce qu’on appelle une « transmission transgénérationnelle du trauma« . Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et éthologue français, a largement documenté ces phénomènes dans ses travaux sur la résilience.

Les manifestations du traumatisme : quand le corps garde la mémoire

Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est la manifestation clinique la plus connue. Cependant, le trauma de guerre peut prendre de nombreuses formes.

Les quatre grands types de symptômes

Les symptômes de reviviscence : flashbacks, cauchemars récurrents, réactions intenses à des stimuli qui rappellent l’événement. Bruits soudains, odeurs, images. En effet, le cerveau rejoue en boucle la scène traumatique. Comme s’il cherchait encore une issue, une façon de modifier le passé.

Les conduites d’évitement : refus de parler de la guerre. Évitement de tout ce qui peut y faire référence. Retrait social progressif. Paradoxalement, ces stratégies censées protéger la personne l’enferment dans son trauma.

L’hyperactivation neurovégétative : troubles du sommeil, irritabilité, difficultés de concentration, sursauts exagérés. Le système nerveux autonome reste en état d’alerte permanent. Comme si le danger était toujours présent.

Les symptômes dissociatifs : sentiment d’irréalité, impression d’être coupé de ses émotions, amnésie partielle. La dissociation est un mécanisme de protection radical. Face à une réalité insupportable, le psychisme se « déconnecte ».

L’impact spécifique sur les enfants

Ces symptômes ne touchent pas seulement les adultes. Les enfants exposés aux violences de guerre développent des troubles spécifiques. Par exemple, la régression — retour à des comportements d’un âge antérieur. Également, des troubles de l’attachement. Ou encore, des difficultés d’apprentissage. Enfin, une anxiété de séparation intense.

Le développement psycho-affectif est profondément perturbé. Les conséquences peuvent se manifester des années plus tard. Voire des décennies plus tard.

La résilience : reprendre un développement après le trauma

Tous ceux qui ont vécu la guerre ne développent pas un TSPT chronique. En effet, certains parviennent à se reconstruire malgré l’horreur traversée. C’est ce que Boris Cyrulnik appelle la résilience. La capacité à reprendre un développement après un traumatisme. Un développement différent certes, mais viable.

La résilience n’est pas une qualité innée. Ce n’est pas un trait de caractère réservé à quelques privilégiés. Au contraire, c’est un processus dynamique qui se construit à travers plusieurs facteurs.

Les quatre piliers de la résilience

Le soutien social : La présence d’au moins une personne bienveillante fait une différence considérable. Une personne capable d’écouter sans juger. Ce que Cyrulnik appelle un « tuteur de résilience« .

La possibilité de donner du sens : Qu’il s’agisse d’une interprétation religieuse, politique ou philosophique. Ou simplement d’une narration cohérente de son histoire. La construction de sens permet de réintégrer l’expérience traumatique dans une trame plus large.

L’engagement dans l’action : Devenir acteur plutôt que victime. S’engager dans des actions qui aident les autres. Ou qui donnent un but à l’existence. En effet, beaucoup de survivants de guerre trouvent dans l’aide humanitaire une voie de guérison. Ou dans le témoignage. Ou dans la transmission.

La créativité : L’art, l’écriture, la musique offrent des canaux d’expression. Pour ce qui ne peut être dit avec des mots ordinaires. Ces formes d’expression symbolique permettent de métaboliser le trauma.

L’hypnose comme outil de réintégration

Dans mon travail d’hypnothérapeute, j’ai pu observer comment ces différents facteurs se conjuguent. L’hypnose thérapeutique offre un cadre sécurisant. Dans ce cadre, la personne peut revisiter ses blessures psychiques avec de nouvelles ressources.

Elle permet d’accéder à des parties de soi restées figées au moment du trauma. Ensuite, de les réintégrer dans le présent.

Les dilemmes moraux : quand la guerre brise l’âme

Il y a une dimension du traumatisme psychique de guerre dont on parle moins. Pourtant, elle est peut-être la plus destructrice. Il s’agit des dilemmes moraux.

Lors de mon voyage, j’ai rencontré des hommes placés dans des situations où chaque choix était insupportable. Sauver sa propre vie au prix de celle d’un autre ? Dénoncer quelqu’un pour protéger sa famille ? Tuer pour survivre ?

La blessure morale : au-delà de la peur

Ces situations créent ce que les psychologues appellent une « blessure morale » (moral injury en anglais). Il ne s’agit pas seulement d’avoir eu peur. Ni d’avoir été témoin d’horreurs.

C’est l’impression d’avoir transgressé ses propres valeurs fondamentales. D’avoir été contraint de faire quelque chose qui va à l’encontre de son identité morale.

Cette blessure morale génère une honte profonde, différente de la culpabilité. La culpabilité dit : « J’ai fait quelque chose de mal. » La honte dit : « Je suis quelqu’un de mauvais. » Cette honte s’insinue dans l’identité même de la personne. Elle la ronge de l’intérieur. Elle crée un sentiment d’indignité radicale.

Les ruptures sociales : quand les communautés se déchirent

Et puis il y a ceux qui ont profité du chaos de la guerre. Ceux qui ont trahi. Ceux qui ont collaboré. Leurs blessures sont d’une autre nature. Néanmoins, elles sont tout aussi profondes.

Les familles se déchirent. Les communautés se fractionnent. Ces ruptures sociales persistent parfois des générations entières. Elles transmettent des rancœurs et des non-dits qui empoisonnent le tissu social.

Accompagner la reconstruction du temple intérieur

Un apprentissage profond de l’universalité du trauma

Ce voyage m’a rappelé pourquoi j’ai choisi ce métier. Depuis plus de dix ans, je pratique l’hypnose. Depuis trois ans, je travaille en tant que thérapeute professionnel. J’ai accompagné de nombreuses personnes souffrant de troubles de stress post-traumatique.

Cependant, c’est la première fois que je mesurais aussi concrètement l’universalité de ces mécanismes psychiques.

Métaboliser le trauma : une transformation possible

Le traumatisme psychique de guerre sur les populations civiles n’est pas une fatalité. Il peut être travaillé, transformé, intégré. Les traumatismes ne se guérissent pas au sens où ils ne disparaissent jamais complètement. Néanmoins, ils peuvent être métabolisés. C’est-à-dire transformés en quelque chose qui n’empoisonne plus l’existence.

L’hypnose ericksonienne, par sa capacité à s’adapter à chaque personne, offre un outil précieux. À chaque contexte culturel. Elle permet de dialoguer avec l’inconscient. Cette partie de nous qui porte à la fois nos blessures et nos ressources les plus profondes.

Le parcours « Reconstruire son temple intérieur »

Dans mon cabinet en Touraine, j’ai développé un parcours que j’appelle « Reconstruire son temple intérieur« . Ce parcours s’adresse particulièrement aux personnes qui ont connu un choc de vie. Qu’il s’agisse d’un trauma de guerre, d’un deuil, d’une agression. Ou de toute autre expérience qui a laissé une empreinte douloureuse.

L’objectif n’est pas d’effacer le passé. Il s’agit plutôt de retrouver le sens de son existence. De se réconcilier avec le temps. De transformer la douleur en force.

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Porter ses cicatrices sans être empêché d’avancer

Car au fond, c’est cela la résilience. Non pas l’oubli. Non pas le déni. Mais la capacité à continuer à vivre pleinement malgré ce qui a été perdu. En intégrant cette perte comme une part de soi. C’est apprendre à porter ses cicatrices sans qu’elles nous empêchent d’avancer.

Les mères que j’ai rencontrées pleurent toujours leurs fils. Néanmoins, certaines ont trouvé un chemin pour que cette douleur ne soit plus le centre exclusif de leur existence. Les hommes qui ont combattu portent encore les images de la guerre. Cependant, certains ont réussi à créer une vie nouvelle. À redevenir pères, époux, citoyens. Les enfants traumatisés deviennent des adultes capables de transmettre autre chose que la peur.

Cette possibilité de transformation, c’est ce qui m’anime dans mon travail quotidien. Le traumatisme psychique de guerre laisse des marques indélébiles. Mais il n’a pas le dernier mot. En effet, l’être humain possède en lui des ressources extraordinaires pour se reconstruire. Pour donner du sens à ce qui n’en avait pas. Pour transformer le chaos en récit. C’est cette capacité que je cherche à activer dans mon accompagnement.

La guerre ne s’arrête pas quand les armes se taisent. Ses effets perdurent dans les psychés individuelles et dans le tissu social pendant des décennies. Toutefois, la guérison est possible. Elle passe par l’écoute. Par la reconnaissance de la souffrance. Par le soutien social. Et parfois par un accompagnement thérapeutique adapté. Elle passe surtout par le courage de ceux qui, malgré tout, choisissent de continuer à vivre.

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