On entend souvent qu’il faut accueillir ses émotions, les écouter, leur faire confiance. C’est vrai. Mais ce n’est que la moitié du chemin. En effet, l’autre moitié — celle dont on parle moins — consiste à ne pas être gouverné par elles. Les émotions sont des indicateurs internes de notre manière de réagir face au monde. Elles ne disent pas le vrai du monde, elles disent ce que nous en faisons à l’intérieur de nous. C’est pourquoi l’hypnose ericksonienne ne cherche pas seulement à apaiser ce que vous ressentez — elle vous aide à développer le discernement entre vos réactions et le réel.

Les émotions comme réactions — pas comme vérités
Une émotion est une réponse. Elle surgit quand quelque chose dans le monde entre en contact avec notre histoire personnelle — nos blessures, nos héritages, nos peurs, nos attentes. Concrètement, la peur que je ressens face à une situation ne dit pas forcément qu’il y a un danger réel. Elle dit que mon système nerveux a détecté une menace — réelle ou imaginée, actuelle ou passée.
C’est pourquoi une même situation peut déclencher des émotions radicalement différentes chez deux personnes. L’une se sent menacée, l’autre excitée. L’une ressent de la colère, l’autre de la tristesse. Ni l’une ni l’autre n’a tort. Mais ni l’une ni l’autre ne capte directement le réel — elles captent leur propre réaction face au réel.
Le travail en hypnose permet de prendre du recul sur cette réaction. Non pas pour l’écraser, mais pour la voir pour ce qu’elle est : une carte, pas le territoire.
Narcisse avant l’éveil — quand Echo ne renvoie que nos propres mots
Dans la mythologie grecque, Narcisse erre dans la forêt. Echo, la nymphe, tente de lui parler — mais elle ne peut que répéter ses propres paroles. Narcisse n’entend donc jamais que lui-même. Il est enfermé dans son propre écho, coupé de la beauté du monde qui l’entoure.
C’est exactement ce qui se passe quand on se laisse gouverner par ses émotions sans les confronter au monde. On n’entend plus que soi-même. Le monde ne nous atteint plus — il ne fait que renvoyer notre propre projection. Pourtant, ce n’est qu’au moment où Narcisse se voit dans le miroir de l’eau qu’il prend conscience de sa propre beauté comme partie du monde. Le miroir, dans cette lecture, n’est pas la prison — c’est l’éveil. La mort du narcissisme, et la naissance à autre chose.
Nous reviendrons sur ce mythe dans un article dédié. Ce qui compte ici, c’est que Narcisse avant le miroir vit dans un safe-space parfait : un endroit où rien ne le confronte, où tout ce qu’il entend est son propre écho.
« Quand on réfléchit tout seul, on finit par avoir raison »
Je dis souvent cette phrase : quand on réfléchit tout seul, on finit par avoir raison. C’est exactement ce qu’est un safe-space — un endroit où ma représentation du monde, façonnée par mes émotions, n’est surtout pas mise à l’épreuve du réel.
Concrètement, si je construis ma vision du monde uniquement à partir de ce que je ressens — ma peur, ma colère, ce que je ne comprends pas — je crée un monde idéal pour moi. Un monde où tout ce qui me dérange serait éliminé, où tout ce qui me fait peur serait neutralisé. Pourtant, ce monde n’existe pas. Et vouloir que le monde extérieur se conforme à ce monde intérieur est la recette de la souffrance.
L’accomplissement de soi ne peut advenir que dans un échange entre soi et le monde. Je suis une partie du monde. Et en même temps, je suis le monde. Je peux observer le monde comme on regarde une pièce de théâtre. Mais je peux aussi ressentir le monde en moi — avec mon histoire, mes blessures, mes ressources.
Les stoïciens et l’art du discernement
Les philosophes stoïciens — Épictète, Marc Aurèle, Sénèque — ont bâti une sagesse autour d’une distinction simple mais radicale : ce qui dépend de nous, et ce qui n’en dépend pas.
Mes émotions dépendent de moi — ou plus précisément, la manière dont j’y réagis dépend de moi. Le monde extérieur, lui, ne dépend pas de moi. En effet, je ne contrôle pas ce qui arrive. Mais je contrôle ma manière de le recevoir.
C’est pourquoi Épictète disait : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses. » Autrement dit, ce n’est pas l’événement qui me blesse — c’est ma réaction à l’événement.
Pourtant, cela ne signifie pas qu’il faut ignorer ses émotions. Au contraire. Il faut les observer. Les voir surgir. Comprendre ce qu’elles disent de nous, de notre histoire. Mais ne pas les confondre avec le réel.
Co-naître — se connaître à travers le monde
Le mot connaître vient du latin co-nascere : naître avec. Se connaître, dans ce sens, ce n’est pas se replier sur soi. C’est naître avec le monde. C’est comprendre qui je suis à travers ma rencontre avec ce qui n’est pas moi.
Mes émotions sont une réaction face à quelque chose qui doit être intégré. Elles sont une occasion d’évoluer. Concrètement, si je ressens de la colère face à une injustice, cette colère me dit quelque chose sur mes valeurs — mais elle ne me dit pas forcément que le monde doit changer pour s’y conformer. Elle me dit que je dois comprendre ce qui, dans le monde, heurte ce que je porte.
C’est un jeu d’aller-retour : mes réactions internes (émotions) rencontrent ce que j’ai intégré de la compréhension du monde. Et c’est dans cet échange que je me construis.
L’hypnose et le développement du discernement
L’hypnose ericksonienne n’est pas là pour supprimer vos émotions, ni pour les valider inconditionnellement. Elle crée un espace où vous pouvez observer vos réactions sans être emporté par elles.
Concrètement, en séance, je ne vous demande pas de « lâcher prise » ou de « positiver ». Je vous aide à développer ce que les stoïciens appelaient le discernement : la capacité à distinguer ce qui dépend de vous (votre réaction) et ce qui n’en dépend pas (le monde extérieur).
Cet article complète celui que j’ai déjà écrit sur la sagesse des émotions, où je décris comment accueillir la peur, la colère, la tristesse et la joie. Ici, il s’agit d’aller plus loin : non seulement accueillir, mais ne pas être gouverné. Être sensible sans être submergé. Observer sans être emporté.
Un accompagnement depuis Chinon et la Touraine
Mon cabinet est situé à Parçay-sur-Vienne, à 20 minutes de Chinon et d’Azay-le-Rideau. Je reçois des personnes de toute la Touraine, en cabinet ou à distance, pour un travail en profondeur sur la manière dont elles réagissent au monde.
Le premier rendez-vous est un RDV découverte offert, par téléphone. C’est un espace pour parler librement de ce qui vous amène, sans engagement. Développer le discernement entre ce que l’on ressent et ce qui est demande du temps — et de la confiance.
Questions fréquentes
Faut-il arrêter d’écouter ses émotions ?
Non. Il faut les écouter — mais ne pas leur obéir aveuglément. Les émotions sont des indicateurs précieux. Elles disent quelque chose de nous, de notre histoire, de nos blessures. Pourtant, elles ne disent pas forcément le vrai du monde. Le travail en hypnose consiste à développer la capacité à les observer sans être emporté, à les accueillir sans les laisser gouverner.
Comment savoir si je suis gouverné par mes émotions ?
Un bon indicateur : si vous vous sentez souvent en conflit avec le monde extérieur, si vous avez l’impression que les autres ou les situations devraient être différents pour que vous alliez mieux, c’est probablement que vos émotions gouvernent votre perception du réel. Concrètement, le discernement consiste à distinguer ce qui dépend de vous (votre réaction) et ce qui n’en dépend pas (le monde).
Les stoïciens disent-ils qu’il faut ignorer ses émotions ?
Non. Les stoïciens ne demandent pas d’ignorer les émotions — ils demandent de ne pas les confondre avec la vérité. Épictète, Marc Aurèle et Sénèque reconnaissaient tous que les émotions surgissent naturellement. Ce qui dépend de nous, c’est notre manière d’y réagir — de les laisser nous emporter, ou de les observer avec discernement.